Réseaux de surveillance

Le moustique Aedes albopictus sous haute surveillance

Le moustique Aedes albopictus est surveillé en métropole depuis 1998 dans le cadre de la mission confiée par le Ministère de la Santé (Direction Générale de la Santé) au comité de surveillance mis en place sous le couvert de l’ADEGE. Le plan national anti-dissémination du chikungunya et de la dengue pour la métropole prévoit le renforcement de la surveillance entomologique et épidémiologique afin de permettre la détection précoce de la présence du vecteur Aedes albopictus et de patients potentiellement virémiques, et la mise en œuvre rapide et coordonnée de mesures de contrôle du vecteur et de protection des personnes. Les modalités de mise en œuvre du plan sont rappelées dans l’instruction N° DGS/RI1/2013/182 du 30 avril 2013 mettant à jour le guide relatif aux modalités de mise en œuvre du plan anti-dissémination du chikungunya et de la dengue en métropole.

Ce plan, qui est décliné au niveau local sous l’égide des préfets de département, implique un grand nombre d’acteurs : Agences régionales de Santé, Opérateurs publics de démoustication, collectivités locales (mairies, Conseils Généraux), professionnels de santé. Il vise ainsi à coordonner l’ensemble des actions dans un souci d’optimisation de la réponse et s’articule selon trois axes : • une surveillance entomologique, qui vise à connaître aussi précisément que possible l’aire d’implantation d’Ae. albopictus (Coordination nationale: EID Méditerranée)

  • une surveillance humaine ou épidémiologique, permettant d’identifier les personnes potentielle¬ment porteuses des virus de la dengue et du chikun¬gunya dans les zones de présence d'Ae. albopictus,
  • une gestion des situations à risque par la mise en oeuvre de manière rapide et coordonnée des mesures proportionnées de contrôle du vecteur et de protection des personnes. L’action du public reste cependant essentielle, au vu de la capacité d'Ae. albopictus à coloniser de petites collections d’eau à proximité directe des habitations.

En 2013, plus de 2200 pièges pondoirs sont disposés sur tout le territoire métropolitain dont l’objectif est de détecter précocement la présence du moustique Aedes albopictus et de fournir des données sur son introduction, sa dispersion et la densité des populations présentes afin d’induire et de cibler les actions de surveillance épidémiologiques préventives pour la circulation de dengue ou de chikungunya.

Le piège pondoir est un outil permettant la détection d’espèces de moustiques pondant dans des petits gîtes sombres (trous d’arbres en milieu naturel, containers artificiels). Le but est de proposer un site de ponte attractif pour l’espèce cible, stable dans le temps et dans l’espace (restant en place) et contenant de l’eau en permanence, localisé dans un environnement lui-même attractif pour l’espèce ciblée (végétation dense, proximité d’hôtes). Le piège est constitué d’un seau noir (3l minimum pour des relevés mensuels, 1l minimum pour des relevés bihebdomadaires) étiqueté, contenant de l’eau, une pastille d’insecticide (par exemple du Bti (Bacillus thuringiensis israelensis, type Vectobac DT®) et un support de ponte constitué d’un carré de polystyrène d’environ 5x5 cm (figure 1.1). Ce support de ponte flottant suit les variations de niveau d’eau. Les moustiques femelles gravides viennent pondre sur la tranche (qui reste humide) et les œufs ne sont pas submergés par la remontée du niveau d’eau, ce qui limite considérablement la possibilité d’éclosion des œufs. L’insecticide est tout de même ajouté pour garantir l’absence de tout développement larvaire (espèce cible ou autre), et empêcher l’émergence de larves issues d’œufs d’Aedes albopictus potentiellement présents sur les rebords du seau en cas de précipitations. Ce piège permet avant tout de détecter la présence d’une espèce dans une zone indemne. Il peut éventuellement fournir des données sur la densité de la population en zone colonisée si l’échantillonnage est correctement réalisé (densité suffisante de pièges pondoirs distribués aléatoirement dans une zone circonscrite).

Le piégeage est permanent, avec un relevé généralement mensuel en zone indemne et peut être bimensuel en zone colonisée afin de suivre la dynamique saisonnière de la population installée ; il peut être parfois plus espacé en période hivernale et sur les sites très éloignés.

La propagation du moustique Aedes albopictus est en constante progression depuis sa première détection à Menton en 2004. Son principale mode d’expansion est la diffusion « en tâche d’huile » autour de ses lieux d’implantation via les transports de personnes, principalement par voies routières. Le transport de marchandises peut également contribuer au déplacement de stocks d’œufs pondus sur celles-ci. La distance entre les sites d’origine (œufs) et les sites d’éclosion peut être considéré comme un facteur de risque (relation négative), si ces sites ont des caractéristiques climatiques très différentes (adaptation). Le transport de proche en proche est donc particulièrement favorable à la diffusion d’Aedes albopictus, comme le prouvent les données historiques de surveillance.

Le transport de marchandise intra-national est donc un élément à fort potentiel de diffusion d’Aedes albopictus. Si celui-ci peut se faire par voies routières, ferroviaires ou navigables, l’essentiel du transit reste dévolu au secteur routier (784 915 milliers de tonnes de marchandises), le fer et le fluvial restant plus anecdotiques (respectivement 65 769 et 28 936 milliers de tonnes (Sources : données statistiques du ministère transport, de l’équipement, du tourisme et de la mer 2005). Le réseau routier est également le moyen de transport le plus utilisé pour les déplacements de personne au niveau national. Compte-tenu de ces deux facteurs de diffusions (personnes et marchandises), l’essentiel de l’effort de surveillance est basé sur le réseau autoroutier.

Les marchés d’intérêts nationaux, zones d’échanges intra-nationaux intenses pouvant contribuer à la propagation d’Aedes albopictus provenant de la zone colonisée (transport d’adultes ou de marchandises portant des œufs) sont inclus dans le réseau de surveillance.

Les points d’entrée internationaux (ports, aéroports etc.) constituent le portail privilégié de diffusion transcontinental de l’espèce ; cependant les populations transportées ne retrouvent pas forcément les conditions idéales à leur développement à leur arrivée, ce qui limite leur potentiel invasif. Ils doivent cependant être surveillés pour éviter toute introduction et diffusion potentielle éloignée de la zone colonisée.

Les priorités de choix des sites de surveillance sont définies comme suit :

  • Sites en bordure de la zone colonisée (année n-1)
  • Principaux axes de transport routier en provenance de la zone colonisée
  • Communes et agglomérations un peu plus éloignées, mais à proximité de la zone colonisée
  • Points d’arrêts des axes de communications (tous types confondus) partant de la zone colonisée (française, italienne ou espagnole)
  • Grandes agglomérations sensibles (axes routiers, distances à la zone colonisée, fret, plates-formes logistiques, marché d’intérêts nationaux)
  • Points d’entrée internationaux (ports, aéroports, ferroutage etc.)

Une fois ces principales zones couvertes, des sites sont rajoutés dans les zones non surveillés pour couvrir la plus large portion du territoire possible.

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