Le "moustique tigre"

La colonisation mondiale d’Aedes albopictus à partir de l’Asie est une conséquence de la mondialisation des échanges.

Aedes albopictus, l'envahisseur.

Aedes albopictus, dit "moustique tigre"  est considérée comme l’espèce qui s’est le plus largement disséminée au monde ces vingt dernières années (Benedict et al 2006). Initialement présente dans les forêts du Sud-Est asiatique, cette espèce est progressivement sortie de son habitat naturel pour s’installer dans des milieux plus anthropiques, en particulier lorsqu’il présentaient des gîtes larvaires similaires à de ceux qu’il occupait en zone forestière (petits gîtes sombres, ex : insertions foliaires de plantes type Broméliacées, creux d’arbres, bambous coupés etc.). Les œufs d’Aedes albopictus sont résistants à la dissécation et sont programmés pour entrer en diapause lorsque les conditions environnementales deviennent défavorables (température, photopériode). La conjonction de ces facteurs en font une espèce à fort pouvoir colonisateur et sont les principales causes de sa dissémination rapide sur les 5 continents (Juliano et Lunibos Table 1). La première détection hors continent asiatique s’est faite en Albanie, en 1979 (Adhami et Reiter, 1998). Une première détection insulaire à Trinidad (Le Maitre et Shade, 1983) laissait présager son arrivée sur le continent Américain sensu stricto, où il fut observé deux ans plus tard dans le comté de Harris, au Texas (Sprenger et Wuithiranyagool, 1986).
 

Une avancée inexorable
 

Cette dernière implantation permit de faire le lien entre la dissémination d’Aedes albopictus et le commerce des pneus usagés, qui génère des flux transcontinentaux de plusieurs millions de tonnes de marchandise entre l’Europe, l’Asie, l’Afrique les Amériques et l’Océanie (Reiter et Sprenger, 1987, Reiter 1998). En Europe, la première détection en Albanie (1979) est très probablement imputable au contexte géopolitique de l’époque, qui, sous l’égide de la Russie privilégiait ses importations de marchandise depuis la Chine (Adhami et Reiter, 1998). En 1990, Aedes albopictus est découvert à Gènes, certainement introduit à partir de stocks de pneu importés des Etats-Unis et du Japon (Mitchell 1995, Urbanelli et al 2000). Il colonisera par la suite tout le nord de l’Italie, et est aujourd’hui présent dans l’ensemble du pays. En France, une surveillance des espèces invasives est exercée depuis le milieu des années 1990, d’abord sur les sites d’importations de pneumatiques puis à la frontière Italienne. En 2004 Aedes albopictus est découvert à Menton, et en Espagne (Nart 2004). Il est désormais présent dans tous les états méditerranéens d’Europe, et en Algérie (Izri et al. 2011). La colonisation mondiale d’Aedes albopictus à partir de l’Asie est donc bien une conséquence de la mondialisation des échanges, mais moins de la réduction des temps de transferts des biens et personnes (par avion) que des volumes de marchandises transportées, la résistance des œufs et la diapause lui permettant de survivre lors des longs voyages maritimes. Le commerce des pneumatiques usagés est une voie prouvée de diffusion entre continents, mais elle n’est pas exclusive : le commerce des bambous d’ornements (Dracanea spp, « Lucky Bamboo ») très en vogue depuis 2000 a également permis le transports d’œufs, pondus dans les vases avant leur chargement depuis l’Asie jusqu’en Californie (Gratz 2004), ou dans des serres au Pays-Bas (Scholtes, 2005). Pour limiter le transport passif d’espèce exogène, le commerce des végétaux se fait parfois sur substrat sec, mais ce n’est pas un facteur de mortalité pour les œufs d’Aedes albopictus. Bien que ces deux voies de transport soient à ce jour les seules documentées, on peut supposer que toute activité de commerce à moyenne ou grande échelle impliquant le transport de petits récipients stockés en extérieur dans une zone infestée peuvent contribuer à sa dissémination.

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