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06 Février 2017
Littoral

Littoral - Protection ou délocalisations ?

Question : la hausse du niveau de la mer due au changement climatique justifie-t-elle, sur les bandes côtières, la multiplication de dispositifs de défense destinés à éviter les risques d’érosion et de submersion en toutes circonstances ? Ou bien ne vaut-il pas mieux, pour les bâtiments et équipements (bureaux, résidences, etc) les plus exposés, privilégier sans attendre des délocalisations ? Bref, anticiper un mouvement perçu comme inéluctable à moyen / long terme n’est-il pas le meilleur moyen de gérer cette situation à moindre frais ?  Pistes de réponses dans un article co-rédigé par deux agents de l'EID-Med et publié dans la revue "Ocean & Coastal Management".

Adapter les outils

La question de l’objectif revient à s’interroger sur les outils d’évaluation disponibles : sont-ils adaptés aux prises de décisions adéquates ? C’est à ce sujet subtil que se sont attaqués plusieurs rédacteurs d’un article paru dans le numéro de décembre de la revue scientifique internationale « Ocean & Coastal Management », dont Delphine Boulet et Camille André, du pôle Littoral de l’EID Méditerranée (*). Les auteurs de l’article pointent les limites de l'analyse « coûts-avantages » traditionnelle, suggérant d’y intégrer des paramètres supplémentaires, parmi lesquels l'impact économique des facteurs non marchands (services fournis gratuitement ou à des prix non significatifs, liés à l’éducation, à l’environnement, à la santé ou à l’administration) qui, actuellement, ne sont évalués que de façon marginale. Il s’agit ainsi de pouvoir comparer la « valeur actualisée nette » (**) d'un scénario de protection utilisant des structures de défense « en dur » avec celle de divers scénarios de réinstallation.

Économiquement viable

Si on s’arrête au constat que les coûts d'achat de propriété sont élevés, une « simple » analyse « coûts-avantages » conduira à prioriser un scénario de protection plutôt que de délocalisation. Mais si on tient compte de mécanismes novateurs d'achat de terrains, qui permettent de réduire les coûts d'investissement dans les scénarios de délocalisation, alors éloigner des équipements de la bande littorale peut présenter une « valeur actualisée nette positive ». Il en ressort qu’à long terme, compte tenu de l'économie touristique locale et des avantages environnementaux, la chute probable des prix des biens immobiliers risquant d’être atteints par les eaux et la mise en œuvre de régimes anticipatoires pourraient rendre les politiques de réinstallation économiquement viables.

(*) « Protection par des structures de défense dures ou délocalisation d'actifs exposés aux risques côtiers ? Contributions et inconvénients de l'analyse coûts-avantages pour les choix d'adaptation à long terme au changement climatique », Camille André, Delphine Boulet (EID Méditerranée, pôle Littoral), Hélène Rey-Valette (CNRS, Université de Montpellier), Bénédicte Le Rulleau (CEARC, Université de Versailles).

(**) La « valeur actualisée nette »  est une mesure de la rentabilité d'un investissement.

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