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05 Février 2016
Opérationnel

Insecticides - Plus de deux ? Plutôt pas…

1 + 1 = 2. Cette équation concerne le nombre d’insecticides encore utilisables pour la démoustication. La réalité est un peu plus complexe. Théoriquement, il existe quelques autres « larvicides »  et « adulticides » que le Bti (Bacillus thuringiensis israelensis) et la deltaméthrine, techniquement applicables aux moustiques (voir encadré). Mais, en fin de compte, après passage au ban de l'efficacité et de la toxicité, le nombre de substances réellement disponibles et acceptables se trouve bel et bien extrêmement réduit. D'où les sollicitations insistantes auprès de l'État et de l'Europe. Explications.

Pas vraiment utilisables

Tout est dans le mot « théoriquement », car dans les faits, la plupart de ces autres insecticides « ne tiennent pas la route », soit en termes d’efficacité, soit en termes de toxicité, soit les deux à la fois. Beaucoup de ces substances, pour la lutte contre les larves comme pour celle contre les moustiques adultes,  n’ont à ce jour pas été évaluées ou sont carrément « non adaptées ». Et si certaines d’entre elles figurent dans les arrêtés préfectoraux annuels, pris après présentation devant les CoDERST (comités départementaux de l’environnement et des risques sanitaires et technologiques), elles le sont à titre expérimental (en fait, c’est le cas de la quasi-totalité des substances autres que le Bti et la deltaméthrine).

Explications et tension

Donc, la présentation « simplifiée » de la paupérisation insecticide progressivement enregistrée depuis le début des années 2000 correspond bien à la réalité concrète. La situation est bel et bien tendue s’agissant, d’une part, de l’efficacité globale du contrôle de la nuisance due aux moustiques et, d’autre part, du risque de résistance, en matière de traitements antivectoriels, comme c’est toujours le cas lorsque n’est utilisable et utilisé qu’un seul produit. C’est la raison pour laquelle la demande de l’EID-Med et de l’ADEGE (agence nationale pour la démoustication) de l’identification, de l’étude puis de la défense, en vue d’une homologation, de trois insecticides supplémentaires (1 larvicide, 1 adulticide [contre les moustiques à l’état adulte] utilisable en milieux naturels, 1 adulticide utilisable en milieux urbain et périurbain) est plus que jamais légitime et indispensable.

Voir article suivant : « Lueur en perspective ? »

La « feuille de match »

Régies par un règlement de l’Union européenne (UE) du 22 mai 2012, les substances actives autorisées dans le cadre de ce règlement comportent actuellement 6 larvicides :

  • le Bti (Bacillus thuringiensis ser. israelensis H14), bactérie entomopathogène agissant spécifiquement sur les larves de moustiques.
  • le Bsp (Bacillus sphaericus), ciblant plus particulièrement le moustique urbain Culex pipiens, qui a développé à son encontre une résistance dans les années 1990.
  • le diflubenzuron, un régulateur de croissance agissant sur la synthèse de la chitine.
  • le pyriproxyfène et le S-méthoprène, deux régulateurs mimétiques de l’hormone juvénile.
  • le spinosad, un produit dérivé de toxines d’origine bactérienne.

Les quatre derniers sont opérationnellement inadaptés et trop peu sélectifs envers la faune aquatique pour être utilisés ailleurs qu’en milieu urbanisé ; ils sont donc exclus d’un usage en zones humides.

Côté « adulticides », appartenant tous à la famille des pyréthrinoïdes, neurotoxiques et donc non sélectifs, on relève, outre la deltaméthrine (le plus utilisé), les pyréthrines et la d-alléthrine (Cérathrine), douze autres substances, qui présentent comme inconvénient rédhibitoire d’être toutes interdites en zones humides et comme défaut majeur d’être soit non adaptées, soit non évaluées, pour le périurbain comme pour l’urbain, contre Culex pipiens comme contre le « moustique tigre ».