Un des points forts de l'EID est de bien connaître son ennemi : le moustique, ou plutôt les moustiques. Il en existe une quarantaine d'espèces sur le littoral méditerranéen français mais un petit nombre d'entre elles, seulement, pique l'Homme. Les plus fréquentes appartiennent aux genres Ochlerotatus et Culex. Les moustiques mâles sont inoffensifs : seules les femelles piquent. Car après accouplement, la femelle a absolument besoin d'un repas sanguin pour porter ses oeufs à maturité.
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Son repas achevé, elle s'en va pondre ses oeufs à la surface de l'eau ou sur une terre humide soumise à submersion. |
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Dans l'eau, ses oeufs vont donner naissance à des larves qui ont un mode de vie exclusivement aquatique. L'eau est indispensable à l'éclosion de la larve et à son développement...
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...Dans certains cas particuliers, les oeufs, à la manière des graines végétales, n'éclosent qu'après avoir passé l'hiver. La vie du moustique au stade larvaire est inférieure à 10 jours chez certaines espèces. Les larves se nourrissent de bactéries et de plancton. |
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Au terme de cette période, la larve devient nymphe. A ce stade, elle vit encore 2 à 3 jours dans l'eau, le temps que s'accomplissent en elle de profondes modifications anatomiques. |
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La nymphe commence sa mutation en s'immobilisant à la surface de l'eau. Une déchirure ouvre sa face dorsale... |
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...et l'adulte se dégage lentement. Libre, il pourra enfin voler de ses propres ailes. |
| Attention, tout ce qui vole n'est pas moustique ! Il ne faut pas confondre le moustique avec d'autres insectes qui lui ressemblent mais ne piquent pas, en particulier : les chironomes, de la même taille, ou les tipules, bien plus grands |
Chironome |
Tipule |
Les ufs, généralement fusiformes, mesurent environ 1 mm de
long. Blanchâtres au moment de la ponte, ils s'assombrissent dans les heures qui suivent.
Les femelles pondent, soit à la surface de l'eau des ufs isolés (Anopheles,
Orthopodomyia) ou groupés en nacelles de 50 à 200 ufs (Coquillettidia,
Culex, Culiseta, Uranotaenia), soit sur un substrat humide susceptible d'être inondé
par la suite (Ochlerotatus). Les ufs pondus à la surface de l'eau sont
insubmersibles grâce à des flotteurs (Anopheles), à une col1erette (Orthopodomyia)
ou à leur arrangement en nacelle. Ils éclosent dès que l'embryon est complètement
développé. Les ufs d'Ochlerotatus, pondus isolément sur un substrat humide,
doivent attendre d'être submergés pour éclore ; encore faut-il qu'un certain nombre de
conditions (facteurs d'éclosion) soient réunies ; ces ufs sont dits quiescents. Au
moment de l'éclosion, le bouton d'éclosion, véritable ouvre-boîtes situé sur la tête
de l'embryon, découpe la coquille.
Toujours aquatique, l'évolution de la
larve s'accomplit en quatre stades, séparés par une mue, lui permettant de passer
d'environ 2 à 12 mm. A l'exception des Coquillettidia qui ont une biologie
particulière, toutes les larves sont mobiles et respirent à la surface de l'eau, soit
directement (Anopheles), soit par l'intermédiaire d'un siphon respiratoire (Ochlerotatus,
Culex, Culiseta, Orthopodomyia, Uranotaenia) situé à l'extrémité de l'abdomen.
Elles se déplacent par saccades et se nourrissent, généralement par filtration, soit à
la surface, soit au fond du gîte larvaire. Les larves de Coquillettidia vivent
fixées à des racines de plantes au moyen d'un siphon modifié leur permettant de
respirer l'air contenu dans les tissus végétaux. Elles se déplacent très peu et après
chaque mue la larve se fixe à proximité de l'exuvie abandonnée. La durée du stade
larvaire est très variable, de quelques jours, en été, à plusieurs mois (parfois une
année pour les espèces n'ayant qu'une génération par an et hibernant au stade larvaire
: Coquillettidia richiardii, par exemple ). On trouve des larves dans toutes les
collections d'eau, du marais aux fossés pollués, des fosses septiques aux creux
d'arbres, sauf dans les eaux courantes. Ces gîtes peuvent s'étager du bord de la mer (Ochlerotatus
mariae) à des altitudes élevées (Ochlerotatus pullatus,
Ochlerotatus cataphilla, etc.),
dans des zones dépourvues de végétation (Ochlerotatus mariae) ou des zones très
ombragées (Ochlerotatus rusticus, Ochlerotatus cantans), dans des eaux douces (Anopheles),
polluées (Culex pipiens) ou très saumâtres (Ochlerotatus mariae). Dans certaines
conditions, la densité larvaire est telle que les larves peuvent occuper la totalité de
la surface du plan d'eau (Culex pipiens, ...).
Les transformations
qui permettent au moustique de passer du milieu aquatique au milieu terrestre débutent à
la fin du développement larvaire par la lyse des muscles et se poursuivent chez la nymphe
par l'élaboration dun système totalement nouveau. Ce stade est de courte durée :
24 à 48 heures. La nymphe ne se nourrit pas, elle puise dans les réserves stockées au
stade larvaire. Elle respire par l'intermédiaire de deux trompettes situées sur le
céphalo-thorax et non au bout de l'abdomen comme chez la larve. Chez Coquillettidia,
les nymphes sont aussi fixées aux racines par des trompettes respiratoires
modifiées. Les
nymphes restent généralement à la surface de l'eau mais plongent dès qu'elles sont
dérangées, en déployant et reployant brusquement l'abdomen terminé par deux palettes
natatoires. Au moment de l'émergence de l'adulte, la cuticule se fend longitudinalement.
L'adulte se gonfle d'air et s'extrait de l'exuvie à la surface de l'eau.
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Pendant les premiers jours de leur existence, les adultes mâles et femelles sont au repos dans des lieux abrités. Leur premier repas, pris le plus souvent au crépuscule, est composé de nectar.
La fécondation des oeufs a lieu au moment de la ponte mais l'accouplement a eu lieu avant. Il n'y a généralement qu'un seul accouplement au début de la vie de l'adulte, le sperme étant stocké dans les spermathèques de la femelle où il est conservé tout au long de la vie de celle ci. Le moustique mâle est attiré par les vibrations des ailes de la femelle en vol. L'accouplement peut avoir lieu entièrement en vol ou se terminer sur un support. C'est pourquoi l'élevage en captivité est difficile à réaliser pour certaines espèces, l'espace étant un des facteurs déterminant. Cet inconvénient a été surmonté en ayant recours à l'accouplement forcé. Les moustiques peuvent, comme beaucoup d'autres insectes, former des essaims ; ils sont, le plus souvent, composés uniquement de mâles.
Les moustiques sont surtout connus pour les repas de sang pris par
les femelles qui ont besoin, chez la plupart des espèces, d'un apport supplémentaire en
protéines pour la maturation des oeufs. Elles piquent de préférence les vertébrés
mais ont, presque toujours, une attirance pour un ordre donné. Certaines piquent de
préférence les oiseaux (Culiseta longiareolata,...) ou les batraciens (Culex
hortensis, Culex impudicus). D'autres peuvent produire une première ponte sans
prendre de repas sanguin (Coquillettidia richiardii, Culex pipiens, Uranotaenia
unguiculata,...) ; elles sont dites autogènes et utilisent les réserves
énergétiques accumulées par la larve. Nous savons tous par expérience que les moustiques
piquent préférentiellement à certaines heures de la journée, le plus souvent à l'aube
et au crépuscule. Certaines espèces, plus rares, sont agressives pendant tout le
nycthémère (Culex modestus).
Une fois gorgée de sang, la femelle se
réfugie dans un abri jusqu'à développement complet des oeufs, puis elle recherche un
endroit pour pondre. Le nombre d'oeufs produits varie en fonction des espèces et de la
quantité de sang absorbée, les pontes autogènes étant toujours composées d'un moins
grand nombre d'oeufs. Un seul repas sanguin suffit pour produire une ponte ; si la
quantité de sang est suffisante, la femelle ne piquera à nouveau qu'après avoir pondu.
Chez certaines
espèces, la maturation des ufs laisse des traces dans les ovaires (Anopheles,
Coquillettidia), ce qui permet de déterminer " l'âge physiologique " des
femelles, notion particulièrement importante dans le cas de transmission de maladies.
Les capacités de vol varient
énormément d'une espèce à l'autre et en fonction des conditions météorologiques.
Certaines espèces ne se déplacent pratiquement pas quand les conditions leur sont
favorables (Culex pipiens en milieu urbain) mais d'autres sont capables de
parcourir de longues distances surtout quand elles sont " portées " par des
vents chauds et humides (Ochlerotatus caspius,...). La distance parcourue dépend de la
réserve d'énergie fournie par le glycogène, synthétisé à partir du nectar et stocké
dans le corps gras et dans les muscles. La distance maximale parcourue après un repas de
nectar est
d'environ 30 kms mais pas forcément en une seule fois ni dans une seule direction. Des
vols de dispersion se produisent à différentes périodes de la vie du moustique (quête
d'un hôte, propagation de l'espèce,...) et concernent principalement les femelles.
Chaque moustique possède un rythme endogène d'activité et de repos. Ainsi, il a été constaté, par exemple, que la ponte avait lieu à heure fixe, au crépuscule le plus souvent. Ce rythme circadien intéresse également les repas de nectar et de sang. Il varie d'une espèce à l'autre bien qu'il soit toujours d'environ 24 heures et se maintienne même si l'activité ne peut avoir lieu : vent fort, température trop basse, absence d'hôte pour le repas de sang, etc.
Partout où il y a un hiver tant soit peu rigoureux, l'hibernation apparaît. Elle peut avoir lieu à un stade fixe (oeuf chez les Ochlerotatus, larve chez Anopheles plumbeus et Coquillettidia richiardii, adulte chez des Anopheles et Culex) ou à plusieurs stades. Au stade adulte, les femelles se réfugient dans des lieux abrités (caves, bergeries,...) ; même s'il leur arrive de prendre un repas de sang, sur les moutons d'une bergerie par exemple, il n'y a pas production d'œufs tant que la belle saison n'est pas revenue. En fait, il ne suffit pas d'une élévation de température pour que l'activité reprenne ; la durée du jour joue également un rôle important.
On pense généralement que les
moustiques adultes ne vivent que quelques jours, au maximum une ou deux semaines.
Certaines espèces ont effectivement une durée de vie qui n'excède pas deux à trois
semaines : c'est le cas de Culex pipiens, par exemple, en période estivale. Par
contre, d'autres espèces vivent plusieurs mois, en particulier celles qui hibernent au
stade adulte. Il faut noter aussi que les moustiques sont la
proie de nombreux prédateurs et la cible de l'Homme, autant de facteurs qui contribuent
à diminuer leur " espérance de vie ". Un chercheur a montré qu'Anopheles
atroparvus vit en moyenne six mois en hiver alors qu'il survit rarement plus de six
semaines en été.
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