INSECTICIDES

La décision choquante du MEDD

La messe est-elle dite ? Si c’est le cas, sa conclusion est négative. Après des mois d’atermoiements, le ministère de l’Écologie (MEDD) a officiellement refusé de demander à l’Union européenne de faire jouer la « clause d’usage essentiel » en faveur du téméphos pour le volet « contrôle de la nuisance ». En revanche, il a sollicité un régime dérogatoire pour le volet « vectoriel ». Les présidents des EID sont en colère, autant à propos de la forme que du fond (voir dossier à partir de la bannière dans le portail).

La conférence de presse qu’ils ont organisée jeudi 21 septembre à l’EID Méditerranée a réuni de nombreux journalistes. Y participaient, outre le président de l’EID Méditerranée, Christian Jean, Geneviève Chanteur, présidente de l’ADEGE et vice-présidente du Conseil général de la Martinique, accompagnée par André Yébakima, directeur du service de démoustication martiniquais, ainsi que Jacques Guilloteau et Rémi Foussadier, directeurs respectivement des EID Atlantique et Rhône-Alpes.

Informer et non implorer

Cette réunion avait pour but non pas d’implorer la ministre de l’Écologie de revenir sur sa décision funeste de lâcher les opérateurs territoriaux, mais d’informer les élus, les acteurs socio-économiques et, plus largement, les populations des régions concernées que si, à partir de 2007, il arrive que ça gratte de manière aléatoire dans l’espace et dans le temps, c’est avenue de Ségur, à Paris 7ème (le siège du MEDD), qu’il faudra aller se plaindre et non chez les opérateurs de démoustication, qui n’y seront strictement pour rien.

Un dossier a été diffusé, comprenant :

» l’exposé de la situation actuelle et la teneur de la demande de l’ADEGE, à savoir une transition de un à quatre ans, et en aucun cas une homologation ad vitam aeternam du téméphos.

» la motion adoptée l’an dernier par les conseils scientifiques des trois EID, reprenant les termes d’une déclaration votée dès 2000 par l’association européenne EDEN, expliquant que toute substance active homologuée, qu’elle soit d’origine biologique ou chimique, est rendue acceptable par le mode opératoire et la compétence des applicateurs spécialisés.

» la récapitulation des démarches entreprises par l’ADEGE depuis les années 2002 - 2003, auprès de la Commission et du Parlement européens, d’abord, puis du gouvernement français, agrémentée de fac simile de tous les courriers et rapports édités et envoyés dans ce cadre, en particulier la dernière lettre de la ministre de l’Écologie et la réponse sèche que lui ont faite les élus de l’ADEGE.

Navrante inconséquence

Dans leur réponse à la ministre Nelly Olin, les élus de l’ADEGE s’indignent qu’il n’ait été tenu aucun compte de leur argumentaire, insistant sur le fait que si toute substance active, quelle que soit son origine, a des effets intrinsèques indésirables, ce sont le mode opératoire, les procédures de traitement et de protection et la compétence des organismes applicateurs qui les rendent acceptables. Or l’AFSSET, mandatée par le ministère pour évaluer la demande d’usage essentiel des EID, n’a jamais répondu à leur proposition de visiter leurs installations et de voir sur le terrain leur manière de travailler. Une abstention qui vicie la crédibilité de son « étude » et rend totalement irrecevables ses observations que, rappelons-le, le MEDD n’a pas eu l’élémentaire correction d’adresser aux EID et encore moins de soumettre à débat.

De toute façon, pas une argutie ministérielle ne tient la route. Le téméphos dangereux ? Comment se fait-il que des sites naturels soumis à la démoustication, notamment au téméphos, depuis près d’un demi-siècle ont reçu « quand même » le label international Ramsar, à l’enseigne de la Petite Camargue gardoise, en 1996, ou des étangs littoraux de la Narbonnaise, cette année ? Ou que l’insecticide soit prescrit par l’OMS pour le traitement des eaux… potables ?

La ministre écrit « que cette substance n’est plus employée à La Réunion ni par d’autres EID ». Les présidents lui ont « recommandé » de ne pas prendre la démoustication réunionnaise en référence. Car si le téméphos n’y est plus retenu, tout spécialiste sait que ce n’est pas en raison des caractéristiques du produit mais à cause de la manière dont il a été appliqué, en urgence, dans le cadre de l’épidémie de chikungunya. Quant à l’EID Atlantique, elle utilise du téméphos au sud de sa zone d’action. Mais la question n’est pas là, car il ne s’agit pas, dans ce dossier, de savoir-faire comparés, mais de contraintes spécifiques -techniques et de milieu- selon les territoires considérés. Encore faut-il, pour prétendre évaluer cela, disposer d’un minimum d’objectivité.

Toutes les demandes et démarches entreprises par les EID depuis 2002

Le dernier courrier de la Ministre

La réponse des EID / ADEGE