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21 Mars 2016
Santé

Zika - Pas d’épisode d’envergure attendu en métropole en 2016

Le Zika (*) fait florès en ce moment en Amérique du sud et centrale, ainsi que dans les Antilles. En 2013 / 2014, une importante épidémie (≈ 150 000 cas) s’était déclarée en Polynésie française. Par rapport au chikungunya et à la dengue, dont les moustiques vecteurs sont les mêmes que pour le Zika (l’Aedes aegypti, présent uniquement en zones tropicales, et l’Aedes albopictus ou « moustique tigre »), les symptômes directs sont réputés bénins : du même type mais moins invalidants que ceux associés au chikungunya, par exemple. Sachant que seule une minorité de personnes atteintes développe des symptômes (dans 80 % des cas, cette affection est complètement inaudible). Pourtant, il suscite une inquiétude particulière, pour des raisons qu’il ne faut pas ignorer mais qu’il s’agit de raisonner, surtout dans nos régions tempérées.

Attention inquiète

Au fil du temps et des observations, le virus Zika semble être responsable de la contraction associée d’autres maladies : on parle de microcéphalie chez des fœtus, du syndrome neurologique de Guillain-Baré, de myélite. Par ailleurs, quelques rares cas de transmission par voie sexuelle ont été identifiés mais ce mode de contamination est marginal. Autant de suspicions ou d’informations qui captent légitimement l’attention inquiète des populations. La question pour l’Europe et la France est de savoir s’il y a des risques de transmission via le « moustique tigre », là où il est présent. La réponse est que ce risque existe mais ni plus ni moins que pour les autres virus transmissibles par ce moustique : chikungunya et dengue. À titre de rappel, dans les départements méditerranéens où le « tigre » est désormais largement implanté, on n’a enregistré, répartis sur les six dernières années, qu’une vingtaine de cas autochtones au total (dengue et chik confondus), correspondant en fait à 6 épisodes distincts : des séquences vite interrompues par les traitements antivectoriels de l’EID Méditerranée.

Raison garder

Les éléments scientifiques et médicaux reportés par les médias sont plutôt rassurants. D’abord, sous réserve de confirmation (des études sont en cours), « notre » « moustique tigre » semble avoir une compétence inférieure à transmettre le Zika que son « cousin » tropical Aedes aegypti. Ensuite, s’agissant du lien entre l’infection de femmes enceintes par le virus Zika et les naissances avec microcéphalies, si celui-ci est désormais avéré, la prévalence est, selon l’Institut Pasteur, de 1 %. Quant au développement de symptômes de type Guillain-Barré (paralysies progressives et ascendantes mais réversibles), s’il paraît également avéré, son risque est, sur la base de l’épidémie polynésienne de 2014, d’environ 1 pour 40 000 infections, soit très faible. De toute façon, les spécialistes ne prévoient pas d’épisodes vectoriels à Zika d’envergure dans nos régions tempérées (**). Ainsi, un nombre réduit de cas ne permettrait pas d’atteindre les seuils de risques, ni pour des microcéphalies ni pour des syndromes neurologiques. Mais pour être réduits en nombre, ces cas pourraient justifier, tout de même, un surcroît d’activité pour l’EID-Med, en termes de traitements antivectoriels visant, sur de simples suspicions signalées par les ARS, à casser toute chaîne de transmission.

www.moustiquetigre.org

(*) Maladie vectorielle à l’appellation exotique : celle d’une forêt ougandaise, à Kampala, où le virus a été découvert la première fois, à la fin des années 1940.

(**) S’agissant de la métropole, le professeur Jean-François Delfraissy, infectiologue, a indiqué au cours d’une audition à l’Assemblée nationale, le 10 février : « Il n'y aura pas de pandémie de Zika dans le sud de la France et, d'une manière plus générale, en Europe du sud cette année, même si quelques dizaines de cas y seront constatés ». Un propos corroboré par Anna-Bella Failloux, directrice de recherche à l’Institut Pasteur, qui a noté que chez nous, « les densités de moustiques [tigres] vecteurs ne sont pas assez importantes » et que s’il peut en effet y avoir des cas autochtones dans l’hexagone, ce ne sera « jamais de l’ampleur de ce qui se passe au Brésil » (AFP, 10.02.16).