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14 Mai 2018
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Lutte - Chauve qui peut et souris

On lit souvent dans la presse des articles promouvant le rôle des chauves-souris dans la lutte contre les moustiques, singulièrement les moustiques-tigres. Plusieurs collectivités ont repris à leur compte cet argumentaire, plaidant pour favoriser l’accueil de ces volatiles si particuliers via des petites casemates au cœur des agglomérations. Or le rôle des chiroptères (leur nom scientifique) est dans ce registre beaucoup moins déterminant qu’il n’y paraît. Sous nos latitudes en tout cas. 

Pas en même temps qu'albo

D’abord, toutes les chauves-souris ne sont pas insectivores. D’ailleurs, on n’observe pas dans la proximité d’abris leur étant destinés des consommations d’insectes significatives. Parmi les espèces les plus fréquentes dans nos régions, on trouve, en milieu urbain, la Pipistrelle commune. Si elle est bel et bien insectivore, elle a la fâcheuse habitude de sortir entre 5 et 35 minutes après le coucher du soleil, ce qui est trop tard pour attraper des Aedes albopictus (moustiques-tigres) en quantité. De surcroît, elle vole à une altitude de 2 à 10 mètres, ce qui est trop haut pour y croiser les mêmes « tigres », qui, en plus d’être plutôt diurnes, volètent près du sol.

Plutôt des lépidoptères

On pourrait faire valoir qu’une Pipistrelle adulte peut consommer jusqu’à 3 000 insectes par nuit. Mais parmi les insectes « noctambules », ce sont des lépidoptères qu’elle absorbe principalement (des proies grosses et faciles à capturer), ainsi que des chironomes, abondants, au vol malhabile et attirés par la lumière de l’éclairage public. Des insectes très souvent confondus avec les moustiques mais… qui n’en sont pas et qui, en sus, ne piquent pas. Selon un expert mondial, l’écologue américain Merlin Tuttle, les moustiques ne représentent qu’environ 1 % du bol alimentaire des chauves-souris. En Camargue, où les moustiques sont pourtant légion, on arrive à une fourchette (c’est le cas de le dire) de 3 à 10 %, en élargissant à tous les diptères : moustiques mais aussi chironomes, mouches…

Labo et vraie vie 

Pourtant, toujours dans la presse, on associe les chauves-souris en général à des chiffres astronomiques de moustiques ingurgités. Il y a une explication à cela : il s’agit d’extrapolations de résultats obtenus en laboratoire. Il a été observé qu’une chauve-souris lâchée dans un insectarium à moustiques en déguste environ 10 par minute (elle a la proie à portée de main, si on peut dire), soit 600 par heure, près de 5 000 durant une nuit de huit heures. Mais dans la vraie vie, c’est tout autre chose : diversité des proies, dispersion de celles-ci et… limites de l’estomac de la chauve-souris, aussi.